Un objet d'étude fondamental en algèbre homologique et homotopique est l'adjonction bar-cobar entre algèbres et cogèbres, reflet algébrique des espaces classifiants et espaces de lacets en topologie depuis les travaux d'Adams, Stasheff et May notamment. Cette dualité a été regroupée avec d'autres variantes sous l’appellation "dualité de Koszul" et généralisée dans un cadre opéradique. La dualité de Koszul joue un rôle fondamental en topologie, que ce soit dans la construction d’invariants, de résolutions, ou l’étude infinitésimale des problèmes de déformations.
Une approche récente due à Lurie implémente une forme de dualité de Koszul adaptée à un cadre purement infini-catégorique et généralisée par Ayala-Francis aux En-algèbres (algèbres sur les opérades des petits disques). Ce cadre a ouvert la voie à de nombreuses applications, parmi elles le développement de l'homologie de factorisation qui permet d'intégrer des En-algèbres sur des variétés pour produire de puissants invariants topologiques. Ces outils sont également devenus incontournables en géométrie algébrique dérivée où de nombreux espaces de modules (typiquement des espaces de modules de fibrés, des variétés de caractères ou des intersections lagrangiennes) possèdent des structures symplectiques et de Poisson décalées paramétrées par ce type d’algèbres.
Ces deux formes de dualité de Koszul sont pourtant incompatibles à première vue : l’une impose la conilpotence et l’autre non, les foncteurs ne sont pas adjoints dans le même sens, les catégories de cogèbres considérées ne sont pas homotopiquement équivalentes. Quels liens y a-t-il alors entre les constructions classiques de la topologie algébrique et les constructions infini-opéradiques ci-dessus ? A-t-on des modèles explicites "point-set" de la dualité d’Ayala-Francis-Lurie ? On apporte ici des réponses précises à ces questions, dans un travail en commun avec Dan Petersen et Victor Roca i Lucio. Cela ouvre la voie à des applications dans les domaines susmentionnés. Si le temps le permet, j'évoquerai quelques perspectives autour de la quantification en géométrie de Poisson dérivée.